LES AFFAIRES DE MONSIEUR JULES CESAR
Adaptation du roman historique de Bertolt Brecht
PROJET DE SCÉNOGRAPHIE
Adaptation et mise en scène : Pierre Hoden
Lumière : Jacques Rouveyrollis
Musique : Hugues Le Bars, Nino Rota
Chorégraphie : Guillaume Graffin
POUR ALLER VITE...
ACTE 1 - Je suis venu
Vingt ans après la mort de César, quelque part en Italie ...
Caius Basilius Lucanius nourrit une admiration sans borne pour Caius Julius César dont il a décidé d’écrire la biographie, quitte à y laisser son dernier sou.
Sempronius, son esclave scribe qui rêve d’être affranchi craint que cette aventure conduise son maître à la faillite. Pour les besoins de leur enquête, nos deux compères se rendent chez Mummlius Spicer, un ancien collaborateur du dictateur, qui possède un document inédit Le Journal de Rarus, esclave et secrétaire particulier de César.
Spicer est un vieil homme, retiré de la politique mais non des affaires, qui, entre deux accès de folie, gère son domaine agricole d’une main de fer. Il a un point de vue étrange sur celui qu’il appelle « C ». Pour lui César était un politicien habile, au service des milieux d’affaires, de la City.
Écrire sur César, ce serait donc écrire l’histoire de ceux qui, dans l’ombre, ont fondé l’Empire. Le Journal de Rarus est à louer. Le jeune homme aura droit à des commentaires. Ebranlé par le discours et l’attitude de Spicer, Basilius accepte ce contrat sans rien comprendre.
ACTE 2 - Rome au temps de César
Premier volume du « Journal de Rarus »
Rome est au bord de l’émeute. Les guerres d’Asie ont rapporté une riche moisson d’esclaves qui remplacent avantageusement les paysans libres et les artisans romains. La vieille aristocratie républicaine s’est enrichie en pillant les provinces conquises, mais la moitié de la population est au chômage. Les hommes d’affaires de la City s’impatientent. L’argent est rare et les sommes considérables englouties dans l’aventure asiatique ne rapportent rien. Même Pompée, le général en chef victorieux, est inquiet. Ses soldats ne lui réclament-ils pas l’argent et les terres qu’il leur a promis après la fin des combats pour qu’ils puissent s’installer en
Italie ?
Les élections consulaires approchent. Deux candidats briguent la magistrature suprême : Catilina et Cicéron. Le premier est un aristocrate ruiné et sans scrupule qui cherche à récupérer l’agitation populaire pour se faire élire. En cas d’échec, il est prêt à fomenter un coup d’état. Le second, surnommé « pois-chiche » par les sénateurs, est un vieux briscard de la politique. Il a juré de sauver la République en rétablissant l’ordre par la conciliation.
Catilina va-t-il déclencher une guerre civile, mettre le feu à Rome ? Le peuple le suivra-t-il ? Cicéron parviendra-t-il à l’en empêcher ? Pompée va-t-il débarquer d’Asie avec ses troupes pour instaurer une dictature ? Et dans cette affaire, quelle carte la City va-t-elle choisir de jouer ? Il lui faut un homme capable. Capable surtout de lui assurer le monopole de la perception des impôts dans les nouvelles provinces d’Asie.
La campagne électorale bat son plein dans un climat d’une extrême violence : tractations sordides, rumeurs, calomnies, spéculation tout azimut, pots de vin et trahisons sont au rendez-vous.
Pris dans cette tornade, l’esclave Rarus se débat avec les énormes dettes de César. Chaque jour, l’huissier Spicer vient saisir ce qu’il peut pour le compte de Crassus, l’homme le plus riche de Rome. Il lui faut aussi s’occuper de Caebio, son jeune amant, homme libre, mais néanmoins chômeur. Comment l’empêcher de rejoindre, sur un coup de tête, les troupes de Catilina ? Peut-être en lui permettant d’acheter une parfumerie en spéculant avec l’argent que touchent les citoyens romains pour voter ?
Ah, si son maître César, au lieu de passer son temps avec les femmes, s’occupait un peu de politique ! N’est-ce pas lui le leader du parti démocrate et non cet usurpateur de Catilina ? Ne devrait-il pas préparer un programme ? Un projet de programme ?
Curieusement absent de la scène politique, César s’intéresse surtout aux saisies de son huissier en qui il a reconnu un émissaire de la mystérieuse City. Spicer ne lui propose-t-il pas, à mots couverts, de rendre, dans l’ombre, quelques menus services à ses employeurs ? Cette mission ne lui permettrait-elle pas de récupérer quelques crédits ?
César, pour échapper à ses créanciers doit élargir son espace politique. Il se soumet aux exigeances politiques de la City, orchestre habillement la campagne électorale de Catilina tout en faisant pression sur Cicéron. Cette manœuvre à haut risque manque de lui coûter la vie. Par chance il échappe au lynchage de la foule…
La suite est plus heureuse. Un simulacre de putsch lui permet d’accumuler des preuves compromettantes contre Crassus, son créancier, qui accepte de lui financer sa préture. César devient ministre de la justice, puis gouverneur d’Espagne. La carrière des honneurs s’ouvre enfin à lui.
A Rome, le chômage sévit toujours. Caebio est mort en Etrurie avec les partisans de Catilina. Rarus a perdu l’amour de sa vie.
ACTE 3 - J'ai vu
De retour sur le domaine de Mummlius Spicer
Après avoir pris connaissance du premier volume du Journal de Rarus, Basilius est désemparé. Sempronius l’encourage à retourner voir Spicer pour obtenir le second volume du Journal de Rarus. Comme l’avait prévu son esclave, il n’a plus un sou, mais il a beaucoup d’arguments à opposer au vieil homme. Cette fois, il est prêt à l’affronter.
Contre toute attente, Spicer l’adopte. Eberlué, Basilius accepte. Il se trouve désormais virtuellement à la tête d’une immense fortune et peut se consacrer sans souci à l’écriture de son livre.
ACTE 4 - L'Empire, au temps de César
Deuxième volume du « Journal de Rarus »
En Espagne, le Gouverneur César, contrairement à ses prédécesseurs, ne pille pas le pays, mais fait du commerce avec les hommes d’affaires espagnols qu’il traite non pas en Espagnols mais en hommes d’affaires. Il soigne sa popularité en leur procurant de l’argent romain à des taux raisonnables.
Spicer, promu directeur de la Banque Commerciale d’Espagne, ne croit pas en la nouvelle économie politique que met en place César. Politique qui d’après lui mécontentera la City. Pourtant, l’économie de la province se développe, les bénéfices de la City augmentent, l’exploitation économique des provinces comparée au pillage est un donc « progrès ».
De retour à Rome, Rarus révèle à Spicer que César n’à jamais cesser de négocier en secret avec la City pour mettre en place sa politique Espagnole. Spicer réalise alors la gravité de son erreur ; s’opposer à César en Espagne, c’était s’opposer aux intérêts de la City à Rome ! Lorsque Rarus lui apprend que des accords secrets ont été conclus entre César, Crassus, et Pompée, que les trois hommes réunis disposent désormais de tous les attributs du pouvoir : la popularité, l’argent, les armes, Spicer comprend que sa carrière est terminé, qu’il a été floué, trompé, manipulé comme un vulgaire pion par ses employeurs de la City et par celui qu’il considérait comme son employé César…
ACTE 5 - Nous vaincrons
Retour sur le domaine de Basilius et Mummlius Spicer
Basilius a beaucoup avancé dans son travail. Il est désormais convaincu que son père adoptif lui cache quelque chose d’important. Pour faire avancer son enquête, il entreprend avec Sempronius, qu’il vient d’affranchir, la reconstitution de l’assassinat de César.
Spicer entre en scène et passe aux aveux. Il faisait partie du complot contre César. C’est lui qui, pour éviter d’être compromis, a assassiné Rarus, qui savait tout. C’est ainsi qu’il s’est procuré le journal dont il manque malheureusement quelques pages essentielles, celles où son nom apparaît parmi la liste des conjurés. Epuisé, Spicer se poignarde et meurt.
Basilius voit le piège se refermer sur lui. S’il veut publier son livre, il lui faudra expliquer comment il est devenu le fils adoptif d’un assassin. Et qui le croira ?
QUAND VOICI DES ANNÉE…
Quand, voici des années, étudiant ce qui se passait à la bourse aux grains de Chicago,
Je compris soudain de quelle façon ils géraient toutes les céréales du monde
et en même temps ne pus le comprendre et laissai tomber mon livre... Bertolt Brecht
Un jour, par hasard, j’ai commencé la lecture du roman Les Affaires de Monsieur Jules César. Arrivé aux deux tiers du livre, perdu, je le refermai. J’avais l’impression d’être trompé, d’être passé à côté de l’essentiel, de la « solution ».
Lorsqu’on lit un roman policier, on veut savoir qui est l’assassin, et moi je m’égarais sans cesse dans ces Affaires comme dans un labyrinthe.
Je relus le livre. Durant cette seconde lecture, j’avais l’impression que le chemin parcouru n’était pas le même que la première fois. A chaque lecture, un nouveau chemin, une nouvelle énigme, de nouveaux doutes, de nouveaux suspects et un plaisir croissant.
Je distribuai le roman et m’aperçus qu’il produisait le même effet chez tous les lecteurs. Nous avions tous le même sentiment contradictoire : On ne nous dit pas tout et pourtant tout y est. Ce mystérieux livre possédait donc un puissant pouvoir. À chaque page, on pouvait, emporté par une vague d’incompréhension, perdre tout plaisir.
Pour s’amuser toujours, il faut déjouer les pièges et ruser. En mettant en lumière ce César, on peut le mener là où son auteur l’avait d’abord imaginé : sur le théâtre.
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