LES AFFAIRES DE MONSIEUR JULES CESAR

Comédie historique pour un enfant en deux temps et cinq mouvement

D’après le roman Bertolt Brecht

 

PROJET DE SCÉNOGRAPHIE

 

 

Adaptation et mise en scène : Pierre Hoden
Lumière : Jacques Rouveyrollis
Musique : Hugues Le Bars, Nino Rota

 

QUE L’ON NE S’Y TROMPE PAS

 

Avec ces Affaires, vous assisterez à la naissance et à la croissance de puissantes crises, toutes générées par de gigantesques spéculations. Vous pourrez, depuis votre fauteuil, en temps réel, suivre les fluctuations des taux d’intérêts, mesurer les dépressions et anticiper les euphories. Vous sentirez se lever le souffle d’une révolution qui balaiera le vieil ordre de la République pour laisser place aux nouvelles règles arithmétiques de l’empire. Face à ce nouvel espace, si vaste, vous pourrez tout à loisir observer au loin le gonflement de la dette des pays conquis et le creusement de leurs déficits. Attentifs, vous entendrez l’inquiétude des citoyens ruinés et la colère des financiers envers les politiques. Ces représentants du peuple, toujours prêts à défendre la liberté de chacun, seront ici menacés par tous. Par les milliers de chômeurs victimes de l’arrivée d’une main d’œuvre étrangère peu qualifiée mais bon marché, par la City toujours empêchée par d’obsolètes lois de développer les intérêts de son empire. Accusés de corruption par le peuple, jugés incapables de résoudre les crises par les milieux d’affaires, nos sénateurs tenteront de rassurer les marchés sans désespérer l’électeur. Nous ne serons pas toujours en mesure de pouvoir vous révéler, en avant scène, l’intégralité du menu des accords secrets conclus avec la City, mais vous pourrez, en suivant les multiples revirements des leaders politiques, en saisir leur véritable nature. Ces secrètes manipulations ne vous empêcheront pas de voir des élections truquées, des porteurs de valises, un vrai crack boursier, un faux putsch, un adultère, une cruelle histoire d’amour ainsi que les débuts en politique d’un jeune homme de bonne famille, porte-parole du parti démocrate, avocat du peuple et génie politique qui, en tenant d’une main les puissances financières et de l’autre toutes les forces armées, deviendra l’idéal de tous les dictateur à venir.

 

Mais que l’on ne s’y trompe pas, ces Affaires ne sont qu’une fiction et notre comédie une lecture de l’Histoire ancienne. Notre action se déroule sous la république romaine et si certains évènements politiques, si certains processus économiques, si certaines méthodes, certains discours peuvent, ici ou là, rappeler certaines actualités que nous vendent nos gazettes, nous pouvons vous assurer que tous les faits relatés dans cette œuvre historique se sont produits un siècle avant Jésus-Christ. Ce texte ayant été écrit durant la seconde guerre mondiale, nous ne pourrons, vous en conviendrez, soupçonner son auteur, mort depuis plus d’un demi-siècle, d’avoir eu l’extra lucidité de faire allusion à notre actualité la plus récente.

 

Que cette histoire éveille en nous quelques échos, peut attester de la modernité d’une lecture du monde qui, aujourd’hui prendrait tout son sens. Mais, à y regarder de plus près, il est aussi fort plausible que cette modernité ne soit en fait la création du seul contemporain de ces Affaires : son lecteur. Son spectateur…

 

En effet, l’auteur ici se garde bien d’écrire l’Histoire, il se contente de nous en conter une multitude qui s’enlacent, se contredisent, s’entrechoquent, et semble ainsi se plaire à nous livrer une histoire à reconstruire toujours.

 

De même, lorsque l’auteur de pièce de théâtre dirigeait ses comédiens – oui, l’homme était aussi metteur en scène… – il n’attendait pas de ses artistes qu’ils interprètent l’Histoire, mais les invitait plutôt à l’étudier avant de se confronter à elle. C’est de ce corps à corps, pensait-il, que pouvait naître la véritable action. L’Histoire ne pouvant en aucun cas être racontée, le rôle des comédiens est de nous en révéler ses multiples mouvements.

 

Et si Monsieur Brecht faisait de ses comédiens des lecteurs du monde, c’est qu’il savait que le jeu de l’Histoire ne pouvait être interprété que par ceux qui la font.

 

Pierre Hoden

 

POUR ALLER VITE…

 

1e MOUVEMENT – Je suis venu
Vingt ans après la mort de César, quelque part en Italie …

Un témoin Uno Prima
L’objet le plus important, parmi les objet de la maison de C(ésar), c’est une enveloppe cachetée. Chacun la reçoit de chacun.
1 – L’un est citoyen, l’autre pas
Basilius pour écrire la biographie son idole, César, est à la recherche du journal du secrétaire particulier du grand homme. D’après ses informations, ce document inédit serait en possession d’un certain Mummlius Spicer. Sempronius, esclave du biographe, craint que la quête de son maître ne le ruine définitivement.

Nino, premier chant
L’enfant, voit apparaître parmi des ombres gigantesques Mummlius Spicer qui, s’éclairant d’une flamme, découvre, endormi sur son domaine, le biographe de César.

2 – L’huissier devenu banquier
Spicer, l’huissier devenu banquier dans l’ombre de César annonce à Basilius que le Journal de Rarus est à louer et ne peut être consultable sans de longs commentaires.
3 – Un témoin qui ne coûte rien
Très préoccupé par l’état des finances de son maître, Sempronius parvient à organiser (gratuitement) une rencontre entre Basilius et un ex-légionnaire de César
4 – En quête de crédit
Basilius s’endette auprès de la banque pour pouvoir payer la location du Journal de Rarus
5 – Leçon d’Histoire
Après avoir encaissé l’argent de la location du journal et avant de confier le précieux document à Basilius, Spicer dresse le portrait de celui qu’il appelle C. Pour lui César n’était qu’un politicien habile au service de la City.

 

2e MOUVEMENT – Rome au temps de César
Premier volume du « Journal de Rarus »

Le royame des ombres et le bureau de César

Nino, deuxième chant
L’enfant nous embarque pour Rome, un voyage dans le passé.

6 – Victoire !
Au Sénat, Cicéron proclame la victoire de Pompée en Asie. A la bourse, Licinia nous informe de toutes les variations de la valeur « Asie » qui atteint des records historiques. Dans la rue, entre les chômeurs qui manifestent et les mères qui espèrent le retour de leurs fils soldats, l’agitation est palpable. Caton, avec ferveur, dénonce la politique mise en place par le sénat, politique qui consiste à remplacer les paysans libres et les artisans romains par des esclaves débarqués d’Asie. Catilina, homme politique et grand démagogue, dénonce la corruption de l’aristocratie républicaine qui s’enrichit en pillant les provinces conquises et se fait le porte parole des chômeurs romains. Malgré la crise, Crassus, l’homme le plus riche de Rome, poursuit ses douteuses opérations immobilières avec l’aide de son huissier, Mummlius Spicer.
7 – La folle journée de l’esclave Rarus
Rarus, secrétaire de César, tente d’équilibrer les comptes de son maître. L’affaire est délicate. La dette de César est considérable et l’huissier Spicer saisit tout ce qu’il trouve. La vie amoureuse de Rarus est elle aussi agitée. Il entretient une « relation coupable » avec le maître d’arme de son maître et soupçonne son « amant légitime », Caebio, d’être un partisan de Catilina.
8 – César
César fait sculpter sa nouvelle toge de Grand Pontife par son tailleur. Crassus, après avoir financé l’élection de César au poste de Grand Pontife, lui rend visite et lui reproche de ne pas agir sur la crise qui secoue le monde de la finance. César tente de calmer son mécène en lui livrant son analyse politique. Pour lui, si l’investissement asiatique n’est pas encore rentable c’est que les taux d’intérêts sur la dette Asiatique sont trop bas. Pour que l’impôt que l’Asie, en tant que province romaine, doit désormais payer à Rome rapporte aux investisseurs, il suffirait que le Sénat hausse les taux d’intérêts, ce qu’il se refuse à faire. Le seul qui puisse contraindre le Sénat à augmenter ces taux, c’est Pompée. Crassus nourrissant une haine profonde pour le grand général, clôt la discussion et promet à César de poursuivre ses saisies. Lâché par Crassus, César est ruiné.

Nino, troisième chant
L’enfant fait courir en tout sens les Sénateurs derrière une cocotte en papier.

9 – Echec
Pour récupérer du crédit, César expose à Rarus sa nouvelle stratégie. Il lui faut aider la City à récupérer sa mise en Asie. Pour que l’affaire fonctionne, il faut que le Sénat décrète la hausse des taux d’intérêts sur la dette asiatique. Pour que le sénat prenne cette décision, il faut que Pompée intervienne et pour que Pompée intervienne, il faut que la City lui promette d’obtenir des terres pour ses vétérans. Enfin, pour que Pompée puisse livrer bataille au Sénat, il faut l’inviter à rentrer à Rome avec son armée en lui offrant la possibilité de venir sauver la République. Pour cela il faut qu’elle soit menacée. Par qui ? Catilina peut-être.
Les élections consulaires se profilant, Rarus enseigne à Caebio l’art de vendre sa voix au meilleur prix. Lors d’une saisie, Spicer qui semble prendre ses distances vis-à-vis de son employeur Crassus, se confie à César. Sa nouvelle ambition est de se lancer en tant qu’agent de communication au service des candidats aux élections. A mots couverts, il lui propose un contrat. Si C lui apporte son « crédit populaire », Spicer s’engage à calmer ses créanciers… César entend le message de ce nouvel agent de la City.
10 – Premier contrat
Rarus découvre que César a décidé de soutenir Catilina pour les élections et que Spicer a été promu conseiller technique et financier de César pour la campagne électorale. S’il est désemparé, son amant Caebio, semble satisfait de la nouvelle ligne politique du parti démocrate.

 

3e MOUVEMENT – J’ai vu
De retour sur le domaine de Mummlius Spicer

César, acte 3 Fiction
Mummlius Spicer fait un cauchemar, Basilius après sa lecture du premier volume du Journal de Rarus est désemparé.
16 – Questions et réponse
Sempronius, pour convaincre son maitre de poursuivre l’écriture de la biographie de César, invite Basilius a retourner voir Spicer afin d’obtenir le second volume du journal de Rarus.
Contre toute attente, Spicer l’adopte. Basilius-Spicer se retrouve virtuellement à la tête d’une immense fortune et peut donc désormais se consacrer totalement à l’écriture de la biographie de son héros.

 

4e MOUVEMENT – L’Empire, au temps de César
Deuxième volume du « Journal de Rarus »

César, acte 4

Nino, cinquième chant
L’enfant nous embarque en Espagne, un voyage dans le passé

17 – « Le progrès »
A Rome, deux ans après la disparition tragique de Caebio, Rarus se lie d’amitié avec Pistus et Faevula. Formant un triumvirat, en liaison constante avec César, ils imaginent ensemble l’action politique que pourrait demain conduire César et le parti démocrate.
En Espagne, César chargé d’administrer la province, s’oppose fermement à la gestion des affaires que tente de lui imposer Spicer. Plutôt que de piller le pays, César commerce avec les Espagnols qu’il considère en hommes d’affaires et leur obtient des prêts d’emprunt très bon marché. Si cette nouvelle politique est un « progrès » pour l’économie espagnole, mais elle prive la City des profits financiers qu’elle espérait tirer de ces emprunts.
César, qui grâce aux affaires espagnoles a remboursé toutes ses dettes, se prépare à rentrer à Rome pour se présenter aux élections consulaires. Sachant Spicer en contact constant avec la City, il lui ordonne de rentrer à Rome pour organiser son retour, et son Triomphe.
18 – Le Triomphe de César
A Rome, au cour d’un souper, le triumvirat – Rarus, Pistus, Faevula – révèle à Spicer que les prêts à bas prix accordés à L’Espagne l’ont été par le groupe Pulcher, une banque qui échappe au contrôle de la City et qui appartient à Crassus. Il apprend également que César, Crassus et Pompée, se sont unis et que ce triumvirat dispose désormais de tous les pouvoirs – la popularité, l’argent, les armes – Spicer réalise alors qu’il a été trompé par celui qu’il considérait comme son employé, César. En apprenant l’existence de l’alliance politique du triumvirat, Caton se suicide.

 

5e MOUVEMENT – Nous vaincrons
Retour sur le domaine de Basilius et Mummlius Spicer

César, acte 5 19 – 15 mars 44
Basilius-Spicer est désormais convaincu que son père adoptif lui cache quelque chose. Sempronius, après avoir, sous la contrainte de Basilius, interprété plusieurs personnages du journal de Rarus, se révolte. Pour poursuivre son enquête et s’assurer les services de son esclave, Basilius-Spicer est contraint de l’affranchir. Ensemble, ils procèdent à la reconstitution du 15 mars 44, jour de l’assassinat de César.
20 – Caius Basilius Spicer
Spicer entre en scène et passe aux aveux. Il faisait partie du complot contre César et pour éviter d’être compromis, a assassiné Rarus. Après s’être emparé de son journal, il s’aperçoit qu’il manque malheureusement une page essentielle, celle sur laquelle apparaît la liste des noms des conjurés. Épuisé, Spicer se suicide.
Basilius-Spicer voit alors se refermer sur lui le piège. S’il peut désormais faire l’apologie de son idole et publier sa biographie, comment revendiquer le fait d’être devenu le fils adoptif d’un assassin ?
Basilius Spicer abandonne l’écriture de sa biographie pour se consacrer à la gestion de son héritage et à l’exploitation modèle de son domaine.
Sempronius, sur le départ, intercepte les enveloppes cachetées qui se remettent à circuler et invite les comédiennes et comédiens non à reproduire l’éternel scénario, mais à faire… et défaire.

Nino, sixième chant
L’enfant s’empare du plateau et montre à tous ce qu’il sait faire avec ses nouveaux souliers.